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Montage Dialogue (directs)
Cet article traite uniquement des sons captés pendant le tournage et ne prétend pas délivrer une méthode de travail, mais un résumé de la fabrication du son d’un film afin d’améliorer la cohésion entre tous les métiers de l’image. Pour tous les autres sons et les bruitages ajoutés en post-production (voir Montage son).
Montage des dialogues
Prises alternatives
Montage des PFX
Raccord de son
Version internationale
C’est quoi le montage dialogue ?
Comme son nom l’indique, c’est assembler les pistes de dialogue.
Oui mais encore ?
Comme le fait un monteur images avec les rushes vidéo, le monteur dialogue assemble sur le film les prises audio enregistrées pendant le tournage. Il nettoie les pistes, corrige les erreurs ou les défauts d’enregistrement, crée des raccords sonores pour garantir une continuée sans rupture acoustique et organise tous les sons issus du direct pour que le mixeur puisse travailler indépendamment sur chacun d’entre eux.
Quelle différence y a-t-il entre les dialogues et les directs ?
Quelques définitions avant de commencer : monter les directs ou monter les dialogues désigne presque la même chose. On parle de montage dialogue pour désigner les prises contenant que le texte du film et de montage des directs pour désigner les prises contenant le texte et aussi tous les autres sons enregistrés au tournage (bruitage, ambiances, sons seuls) que l’on nomme PFX. Sinon, les ambiances de foules sont appelées WALLA et la post-synchronisation des dialogues est parfois appelée ADR.
1. Montage des dialogues
Quand le monteur dialogue reçoit les directs, une synchronisation à l’image sur une Timeline a déjà été faite sur chaque plan. Cette étape est réalisée par le monteur image pendant le processus de montage du film.
Un export AAF de la session est ensuite fait et envoyé au monteur dialogues (voir Exporter sa session).
La première étape consiste à organiser les pistes par micro : une piste réservée au micro perche, une piste réservé au HF du comédien A et une autre pour le HF du comédien B.
Pour que les explications soient plus concrètes, reprenons notre exemple de scène choisie dans l’article précédent (voir Dénomination des fichiers). Sur l’image ci-dessus, les directs de notre scène ont été importés sur une session de montage. Le but ? Mettre de l’ordre dans tout ça.
Séquence 1, scène 1, intérieur.
Dans une petite église, deux comédiens face caméra assis sur un banc échangent un dialogue, une cinquantaine de figurants, sont assis en arrière-plan dans l’assemblée. Pendant le dialogue, on aperçoit un homme entrer dans l’église, puis la porte se refermer brutalement.
Liste des micros utilisés :
– 1 perche (Boom) : Hors cadre au-dessus de la tête des comédiens
– 2 micro-cravate (Lav) : Cachés dans les cols de veste
– 1 micro d’ambiance couple ORTF : Placé sur une perche stéréo
La perche capte alternativement les deux comédiens, les micros cravate captent chacun leur voix et le micro ambiance nous servira plus tard pour capter les ambiances.
Des décisions importantes doivent être prises à ce moment pour définir ce qu’il sera possible de faire plus tard au mixage.
Dans notre cas, la décision d’utiliser la perche et les HFs en même temps est préférable à cause du lieu de tournage très réverbéré.
Cette solution est possible, parce que chaque prise est exploitable et de bonne qualité sur toute leur durée. Un découpage en damier peut donc être réalisé sur cette scène.
Dans l’image, on remarque que la perche est une piste « Lead » sans interruption et que seuls les pistes HFs ont été découpées aux dialogues.
NOTE : La somation Perche et HF n’est pas toujours nécessaire, mais dans notre scène cette astuce s’y prêtait. Le lieu a une acoustique très diffuse et la perche seule rend les dialogues très éloignés. Grâce à leur effet de proximité, les micros HFs permettent ici de ramener les voix plus avant dans l’image. On a donc la perche pour l’acoustique du lieu et les HFs pour la présence des voix.
2. Prises alternatives (et réparation des pistes)
L’essentiel pendant le montage dialogue, c’est de ne pas oublier de comprendre le propos du texte, car le premier travail du monteur dialogue est de faire des choix dans les prises.
Quand un comédien joue son texte, des imperfections de diction, la sonorité des mots ou le rythme des phrases peuvent être remplacés par une prise alternative jugée meilleure par le monteur. Parfois juste une syllabe est remplacée avec une autre prise, à condition que celle-ci ait une bonne synchronisation labiale. C’est un travail artistique qui peut être déterminant dans l’efficacité d’une scène et changer tout son sens.
Si un dialogue ne trouve pas de remplaçant, une post-synchronisation (ADR) est réalisée. Les comédiens sont appelés à réenregistrer leurs dialogues défectueux en studio.
Ces prises sont ensuite nettoyées, recalées à l’image si nécessaire et un pré-mixage est réalisé afin de garantir une cohérence acoustique entre les prises ADR et les dialogues issus du direct.
Dans l’image, un dialogue a été réenregistré en studio et installé à son emplacement dans une piste dédiée aux ADR (dernière piste). Le dialogue d’origine a été supprimé de la perche et de son HF. Plus tard, un remplissage sera ajouté pour assurer un bon raccordement.
NOTE : Il existe aussi des outils qui peuvent sauver des prises ratées ou polluées par des sons environnants. Ces outils magiques peuvent gommer les bruits de fond, supprimer les « clic », les buzz et même atténuer la réverbération d’un lieu sans dénaturer le dialogue principal.
3. Montage des PFX (ambiances et sons seuls)
Reprenons notre exemple :
Dans la scène, derrière les deux comédiens, on aperçoit la porte de l’église s’ouvrir puis se refermer brutalement. Le son de la porte a été capté par la perche.
Par chance, le claquement de la porte s’est fait entre deux dialogues. Il est donc facile de supprimer ce son indésirable et plus tard, un remplissage sera ajouté pour remplacer ce vide.
Après analyse du son, il est décidé ici de conserver le bruit de la porte et de le déplacer sur une piste dédier aux effets de production, les PFX (clip marron sur l’image).
Parfois cette méthode fonctionne. Le son issu de la perche est acoustiquement plus réaliste qu’un bruitage réalisé en post-production, car il est exactement le bruit que fait une porte à l’endroit où le spectateur est placé : là où se trouve la caméra. Il est aussi automatiquement accordé avec les pistes avoisinantes parce qu’issu de la même prise.
Remarque : Si le bruit de la porte enregistré par la perche avait été masqué par un dialogue, alors un bruitage aurait été réalisé en post-production et le dialogue remplacé par une prise alternative correspondante non polluée ou un ADR. C’est pourquoi il est préférable de capter un maximum de sons seuls le jour du tournage afin d’assurer un montage efficace avec des prises garanties sans indésirables sonores. Pour notre scène, on a eu de la chance.
NOTE : Plus tard, il sera surement décidé que le bruit de notre porte soit réenregistré en post-production par un bruiteur pour des raisons esthétiques. Car dans la réalité, certaine porte, même bien enregistrée, ne font pas toujours un joli son pour cinéma. Aussi, le bruit de la porte a un rôle et fait partie du script. Alors réenregistrer un son esthétiquement maitrisé est, pour notre scène, justifié.
Dans les notes d’intentions, il est écrit que les figurants présents dans l’assemblée réagissent avec des chuchotements à deux reprises.
Pendant le tournage, il a été décidé de faire jouer le public en silence afin de ne pas polluer les dialogues des deux personnages principaux.
Des ambiances de réaction de foule ont donc été captés hors caméra le même jour, en stéréo, avec le couple de micro ORTF. Les meilleures réactions sont soigneusement sélectionnées dans les prises par le monteur dialogue et installées à leurs bons emplacements sur une piste dédiée aux foules, que l’on nomme WALLA (clips en jaune sur l’image).
Plus tard, nous verrons l’utilité de séparer les WALLA des autres ambiances.
NOTE : Les figurants ont été captés avec un couple micro. La stéréo permet de donner plus de volume à l’ambiance, car le public est au second plan, éparpillé dans l’assemblée, et la captation en stéréo ORTF retranscrit parfaitement ses chuchotements et leur réverbération. C’est une sensation que l’on obtiendrait plus difficilement avec une prise mono.
4. Raccord de son (avec une prise ambiance)
Si le film n’est pas un plan séquence, une scène est construite avec plusieurs plans, donc plusieurs prises. Le montage image occasionne alors des ruptures et quand deux prises différentes se succèdent, leur enchaînement crée un « clic » perceptible dans l’audio. Cet indésirable peut, dans la plupart des cas, être effacé par un simple Crossfade.
Il y a aussi les plans d’insert, qui ne contiennent généralement pas de son de tournage, notre piste Perche peut être par moment vide et la continuité sonore de la scène se rompt.
Il y a aussi tous les sons indésirables captés par la perche : les bruits de vêtements, les bruits de bouche, les mouvements de comédiens. Si ces petits sons ne peuvent pas être réparés directement dans le spectre audio, ils sont coupés dans la prise, laissant derrière eux un vide.
Dans la piste Perche de notre scène, pleins de trous ont été faits. Il faut donc maintenant les « remblayer ». Pour cela, nous avons besoin des prises ambiances captées le jour du tournage.
Il s’agit de prises réalisées hors caméra dans un silence totale du lieu, avec le même micro perche et le plus proche possible dans le temps et dans l’espace du tournage de la scène pour avoir les mêmes conditions qu’avec les comédiens.
Dans l’image, la piste perche est clairsemée de vide. Dans une piste PFX dédié* (avant-dernière piste) des segments d’ambiance seul, équivalant au vide, ont été disposés. Le vide laissé par l’enregistrement ADR à lui aussi été comblé.
* Une piste dédiée pour que l’exemple soit plus visuel. Pour des sections de vide aussi petite, les pansements sont insérés directement sur la piste Perche.
Remarque : les prises d’ambiances sont essentielles et doivent être les plus silencieuses possible, sans voix, ni respiration du perchman. Le but est de capter l’acoustique du lieu pour réaliser des raccords, des pansements entre les dialogues. Elles nous servent aussi à remplir les images dépourvues de sons et ainsi garantir une continuité et une cohérence sonore sur la totalité de la scène.
NOTE : L’acoustique d’un lieu peut varier en fonction du placement du micro dans la pièce, de la température et de l’hygrométrie. Ces variations acoustiques peuvent s’entendre en post-production et rendre une prise ambiance plus difficilement exploitable.
5. Version internationale
Une v-i (version internationale), est une version du film sans les dialogues pour que celui-ci soit traduit dans d’autres langues. Une v-i doit être commandée avant de commencer le montage des directs, car cette version influence les choix au montage. Si notre scène avait été distribuée à l’étranger, alors les prises ambiances aurait été utilisées différemment.
Plutôt que de répartir, çà et là, des segments d’ambiance seuls pour combler les vides de notre perche, on aurait choisi de dérouler un son de « fond » en continu sur l’ensemble de la scène.
Cette méthode nous permet d’écouter le film avec les pistes de dialogue éteintes, sans rupture sonore. Dans notre cas, le son de fond peut être réalisé avec la prise d’ambiance.
Dans l’image, une prise d’ambiance a été déroulée sur une piste PFX dédiée (avant-dernière piste). Toutes les pistes contenant des dialogues sont mutées, seuls les pistes PFX et la piste WALLA sont ouvertes pour réaliser un export M&E (voir Les type de Mix Master).
Remarque : Dans notre piste WALLA, si le public a des réactions de groupe avec des dialogues inintelligibles, alors le son pourra être conservé dans la v-i. En revanche, s‘il y a des mots dans la langue du tournage compréhensible, la piste WALLA sera elle aussi mutée pour pouvoir être traduite comme un dialogue.
NOTE : Contre exemple, dans le film « La Révolution française », les réactions de foules en français ont été conservées dans la version anglaise. C’est un choix artistique justifié, car ces dialogues n’apportent rien à la compréhension de l’histoire, mais participent à l’ambiance du film même s’ils ne sont pas compris par un anglais.
Pour finir :
À la fin de cette étape de montage des directs, la bande son du film doit être « écoutable », sans coupure ni variation d’énergie acoustique audible. Il est important aussi de bien séparer, autant que faire se peut, les sons par type en les plaçant sur des pistes dédiées. Cette structuration permettra plus tard au mixeur d’interagir avec eux indépendamment.
Valentin LAVOILLOTTE
Fondateur du studio
Rédigé le 20 août 2025



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